Sur la route de Libos, commune de Condezaygues en Lot-et-Garonne…

Le mouton s’égare fort souvent quand le berger n’est plus là.
( in Les deux gentilshommes de Vérone – William Shakespeare)

Ils broutent…

Trentels est traversée par la grand-route, une départementale nommée D911. C’est pratique, rapide avec des lignes blanches continuent ou discontinuent, des ronds-points, etc.

Depuis quelques années, les gendarmes qui attendaient au rond-point de Condezaygues pour interpeler celui qui dépassait la vitesse autorisée ou rappeler de mettre sa ceinture de sécurité ont disparus… D’aucuns en profitent pour se jouer d’un code de la route pourtant indispensable et franchissent allègrement la ligne blanche atteignant des vitesses de 90 à 100 km/h sans sourciller… Je me remémore mes « leçons » de code et de conduite… On y apprenait les règles d’un code, pour éviter les accidents, pratiquer la courtoisie parfois, avoir du bon sens des fois. Tout en restant vigilants, chacun peut espérer (normalement) rouler l’esprit tranquille avec ce qu’il a appris pour avoir son permis de conduire. Non ?

Bref… Je n’aime pas cette route que je trouve dangereuse et ennuyeuse. Je préfère circuler sur la petite route qui passe devant chez moi, l’ancienne route de Libos avant que l’on décide de créer cette départementale qui a dévastée les rives du Lot. Elle a endommagé de nombreuses propriétés, expropriant grands et petits propriétaires…

La route Napoléon nouvellement nommée à Trentels puis la route de Libos sur la commune de Condezaygues me mène au même rond-point que la D911.

Quel discours ! Pour en arriver où me direz-vous ? Pour partager avec vous une petite joie que m’a procurée une bergère. Ha… un mot peu usité à notre époque… J’aime cette route qui traverse des hameaux, qui serpente à travers champs de pruniers et autres pâtures pour chevaux. Il y a toujours à voir à chaque saison, en culture, en couleur. Depuis quelques temps, des moutons sont apparus dans les pruneraies. Ils passent d’un champ à l’autre. Le peu de fréquentation de cette route me permet de m’arrêter sur le bas côté et juste embrasser le paysage de l’instant que le ciel changeant embellit. Merveilleux téléphone portable qui parfois emprisonne ce souvenir.

J’aime cette route qui traverse des hameaux, qui serpente à travers champs de pruniers et autres pâtures pour chevaux.

La bergère apparaît au détour du premier virage en S où les pruniers sont denses, nus, et à perte de vue. Ses bras écartés prolongés de baguettes longues et fines, me barrent le passage. Immédiatement, je m’arrête, et l’émotion me submerge. En arrière-plan, brebis et agneaux traversent dans le deuxième virage, menés par le berger. – Ils iront de champs en champs jusqu’à celui où je les retrouverai au retour. Arrêt photos. – Un jeune qui fait demi tour est rabroué par un chien joyeux. Vision d’un autre temps. Je ne peux m’empêcher de dire quelques mots à la bergère par ma fenêtre ouverte, lui disant mon bonheur de les voir elle et son troupeau.

Entretenir les parcelles de pruniers, et brouter d’un champs à un autre, c’est un travail valorisant pour toutes les raisons que je ne vous énumèrerai pas car vous les connaissez peut-être mieux que moi. Mais l’évocation même de cet instant me donne encore du bonheur, et me tire quelques sourires…

©️Joëlle W. Samedi 6 janvier 2023

Joie simple à partager. Bon dimanche les amis.

Restes de brume, d’herbes, d’arbres, de rive, de plage, de sable, d’eau…

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des vœux de sérénité pour 2024

Sept heures. Le soleil appelle au dehors. Derrière la haie de lauriers-cerise, il se pointe. Rosé et déjà fort. Être là. Le surprendre au lever tandis que les pèlerins itinérants prennent la route. C’est l’heure des paysans qui partent aux champs. A son réveil, la terre baille encore, exhalant son haleine de feuilles mortes. Souffles en rubans de brume, la terre exprime sa chaleur. Les chevaux l’imitent. Ils sont heureux, aux premiers rayons de retrouver le pré, et l’herbe sans pareille. Ils se roulent dans la boue, tachant leurs robes claires, tapant du sabot. L’Autan blanc qui soufflait la veille annonçait le beau temps. Reste une brise légère dans leurs crinières. Hennissant de plaisir, ils broutent l’herbe rase, oubliant le passant curieux, le bougonnement tranquille du tracteur rouge de l’Emile. Ils se toisent… Je les observe un moment.

Ils sont heureux aux premiers rayons de retrouver le pré à l’herbe sans pareil…

Reprendre le chemin herbeux. Je devine où mes pieds se posent. Pas du promeneur curieux, précautionneux, silencieux. Je connais les bas-côtés où les laîches des renards disputent le terrain aux nombreux chiendents. Combat sans fin entre chiens et renards. Mes pieds foulent le liseron rampant et le chiendent pied de poule entremêlés, usées par d’autres curieux. Ils sont indestructibles, rampant en tous sens pour leur survie. Quelques ornières gardent trace des dernières pluies. Des trèfles, survivants de l’hiver, ploient sous les perles de rosées, univers minuscules, où le ciel, camaïeu d’un levé de matin, se reflète en autant de mondes bouleversés. La lumière est encore faible et propice aux visions. Des touffes naissantes de Manteau-de-Notre-Dame offrent quelques gouttes d’eau perlant sur les feuilles. Ici on dit qu’elles ont un pouvoir magique. Les caresser et toucher la magie…

Rumeur dans le silence. Je me rapproche. Silhouettes d’arbres morts, en dormance, dressant leurs branches, implorant le Divin de surseoir encore une fois, au jugement dernier… Bouleaux blancs et chênes dorés ne se disputent plus l’espace. Ne crient plus, geignent parfois. Certains ne se relèveront jamais. Ceux-là peut-être.

L’hiver n’en finit pas de pleurer sur la campagne. Répit du jour qui se lève. La même brise légère sur mes joues que dans les crinières des chevaux. Ils sont loin. Bourdonnement au détour du chemin. Humidité et moiteur malgré le froid. Les mousses vertes et tendres envahissent les talus comme une tapisserie patiemment nouée. Le grondement ne laisse aucun doute. C’est la fin du chemin. Reste la rive, la plage de sable d’eau, où s’enchevêtrent branches arrachées et objets insolites. Masques étranges, des bois flottés sont de grands voyageurs, vestiges d’autres mondes. Le Lot court de toutes ses forces. Echapper aux vapeurs fantasmagoriques. Vivre et sinuer ici et plus loin. Donner sa force aux berges lointaines, aux moulins survivants, aux gabarres courageuses.

De l’autre côté, la ferme de Jeandou. Effluves de paille, de foin, de vache qui dévoilent l’étable et sa chaleur. Vite, courir jusqu’au pont de pierre, le franchir sans regarder en bas, à cause du vertige… La vitesse de l’eau amplifie la sensation et les jambes n’en finissent plus de flageoler. Ne pas tomber. L’excitation des retrouvailles donne des ailes. Jeandou m’attend. Jeandou est dans l’étable et chantonne. La chaleur sort en brouillard par la porte haute. Doux meuglements… Bientôt la traite ! Il remplira mon pot à lait.

Le Lot court de toutes ses forces. Échapper aux vapeurs fantasmagoriques.

Dans le vase, une rose séchée héberge une araignée. Sur la vitre, à l’extérieur, une punaise brune regrette d’être sortie. Les bols bleus alignés sur la nappe à carreaux rouges et blancs fument. Cicine et Cathie sirote le lait chaud et mousseux. Dehors, chacun s’affaire avec dans la tête quelques souhaits pour que cette journée soit belle…

Joëlle W. – 2 septembre 2023.