Jojo, un surnom de l’enfance…

Quelle histoire se cache derrière votre surnom ?

C’est sa voix, c’est lui qui m’appelait Jojo. Écho de la petite enfance, les souvenirs sont parfois dans des photos en noir et blanc, les souvenirs sont aussi en moi, quelque part dans des tiroirs qui s’entrouvrent parfois. Restent le plus prégnant, les voix. Jojo. En le pensant, en l’écrivant, c’est la voix de mon père que j’entends. C’est sa voix. Et puis, je ne l’ai plus entendue.

Aujourd’hui, ma soeur l’effleure parfois, et l’un de mes neveux…

Allô, papa ?

Joëlle W. 25 juillet 2024

Le carnet à dessins de mon grand-père…

C’est dans le carnet à dessins de mon grand-père qu’était rangé ce document. Un carnet format 18X26, avec une couverture défraîchie, entoilée, épaisse, entre gris et beige sale. Les feuilles qui le compose étaient assemblées en cahiers cousus, et de trois teintes différentes. D’abord, des feuilles d’un blanc jauni par le temps. Puis les feuilles suivantes sont d’un beige soutenu sur une face et bleu pale sur l’autre face. Et les dernières sont d’un gris bleuté parsemé de petits filaments plus sombres, et l’autre face, est bleu-vert… Des deux rubans qu’il possédait pour être refermé, il n’en reste qu’un en tissu épais couleur de rien, comme la toile de couverture. Le carnet est désarticulé pour avoir été beaucoup manipulé sans doute, de Paris au Havre, et du Havre à Paris, et ayant suivi notre mère dans sa longue vie de 94 ans. Une partie de notre héritage pour ma soeur et moi.

Le « tableau » n’est pas de mon grand-père, Georges Drouet. Il se trouve perdu dans le carnet, comme d’autres d’ailleurs… Il est signé, en bas à droite, à peine lisible. Mais au dos, quelques indices…

Reproduction ? Original ?

En-dessous, un nom (illisible pour moi ) et un prénom, Constant, avec indication de son régiment, « soldat au 3ème (le 4 a l’air barré et sur ce conflit, pas de 43ème…) régiment d’infanterie de ligne, 2ème bataillon, 2ème Compagnie » puis « peintre anciennement boulevard Sébastopol 112 ».

Quelqu’un reconnaîtrait-il le style, ou le nom ?

Dans le silence…

J’écris. Silence total dans la vieille maison. Vidal paresse sous la canicule. Follette et Galipette, allongées sur le flanc, occupent le sofa dans l’ombre tamisée du salon. Les fenêtres sont closes pour garder la fraîcheur. Les volets, eux, sont presque fermés laissant passer le filet de lumière indispensable à cette pénombre bienfaisante. J’adore le silence, ce silence. Mais ce jour-là, quelque chose cloche. Les chattes s’en sont aperçues elles aussi. La vieille dresse les oreilles mais reste impassible. Mais la jeune, Galipette se redresse, et me regarde. Ses yeux m’interrogent. Elle lève la tête vers le plafond. A cet instant, le soleil choisit de se cacher derrière l’unique nuage de la journée… une ombre intense envahit la maison. Au-dessus de ma tête, là où les yeux inquiets de Galipette restent fixés, on frotte, caresses rugueuses sur les planches des combles. Imperceptiblement le frottement progresse, se déplace. Galipette
s’aplatit, oreilles couchées, elle gronde en continu… Je ne bouge plus.Mon cœur bat dans ma gorge. C’est quoi… Il y a quelques années, avant que la toiture soit refaite, j’entendais les cabrioles des lérots, la nuit. Là, ça n’a rien à voir ! Plus de frottement. Les grattements deviennent insistants et je regrette la radio à tue-tête, les fenêtres ouvertes et l’air chaud de l’été. Je n’entends plus Galipette et les deux minettes sont sous la table…
Le claquement d’un volet nous surprend toutes les trois. Le soleil entre à plein dans le salon. À nouveau le silence…

Écrit le 1er septembre 2023

Publié le 20 mai 2024 en attendant le beau temps ! Il pleut tous les jours depuis des semaines…

Voulez-vous un café ?

cafe« Café ? Oui je veux bien. Ou alors non, j’en ai déjà pris trois ce matin, merci.

Mais c’est un mot de passe. On appartient à la même civilisation. Le pouvoir du café, c’est également cette presque indifférence surjouée avec laquelle on va le consommé, en parlant déjà, pris par le sujet. Non, pas de sucre. Presque plus jamais de sucre. C’est dans le code aussi. Maigret touillait lentement avec une cuillère, au moins deux sucres, sur le zinc. Ça faisait partie de l’enquête. Vous me direz, ce texte, chacun d’entre nous, aurait pu écrire sur le sujet… Plus ou moins la même chose. Les uns à côté des autres, chaque mot simple sur le café, paroles dites, banales, en rencontrant un ami, une connaissance, en arrivant au bureau, en apprenant une bonne ou une mauvaise nouvelle, pour réconforter, pour draguer, pour rompre…

La référence à Maigret m’a surprise, m’a ravie… Bon, c’est vrai que Maigret ne boit pas que du café. Mais rien que ce mot « café »… J’aime…

C’est aussi le lieu des rendez-vous, des retrouvailles, des projets, des complots… Nuit et jour, sur le zinc, café, café, p’tit blanc, bière, café, alignés. Les uns parlent à ceux qui écoutent, des derniers potins, du temps qu’il fait, ou qu’il a fait ou qu’il fera… Et parfois, ceux qui écoutent donnent des nouvelles du p’tit dernier, de sa femme, de ses vieux… Mieux que certains salons guindés et froids où l’on prend l’apéro, au café on y trouve une famille, non ?

Bonjour Philippe Delerm. C’est vous qui avez écrit ces mots !

Lecteurs, je vous livre la fin du texte que je bois – comme mon café – à petites gorgées sucrées, chaudes mais pas brûlantes, avec l’envie de fermer les yeux pour retrouver les bruits des cafés parisiens fréquentés dans une autre vie…

«A présent, le serré, l’amertume, et juste ce petit moment d’arrêt de la tasse blanche au bord des lèvres. Cette façon de ne rien prendre en prenant quelque chose, c’est une politesse que l’on se doit. En deçà de la convivialité. On n’est pas ensemble mais on est avec. Avec le monde, avec le jour, et quand même un peu avec l’autre.
Ca-fé. Les deux syllabes sonnent clair et sec, passent au-dessus de la rumeur, même dans les bistros les plus bruyants. Dans les cafés. On boit un café dans un café ; On joue sa vie dans la vie. »

Belle journée !

Manifeste du droit au silence…

tour de Babel

J’ai, jusqu’à ce jour, parlé pour en dire peu…
C’est ce qu’ils pensent eux, qu’ils disent, écrivent avec hardiesse.
J’enferme cette colère brûlante comme un feu
Et noie bien trop souvent, l’objet qui tant me blesse !

J’en appelle muettement aux enfants et aux hommes,
Quels qu’ils soient : respecter ce droit au silence !
Ma colère… J’en appelle au ciel pour qu’il tonne !
Je revendique toutes mes actions de silence…

On ignore la douleur des mères que l’on blesse
On torture leurs enfants et si l’on peut, on tue !
Au nom de quoi ? De tout ? De la moindre faiblesse ?
Mon Dieu, pourquoi faire grandir ce nouveau monde perdu ?

Quand les corps tout entiers, de larmes se sont vidés,
Que les sourires cachent les tourments des chagrins,
Quand ils crachent des mots injurieux et souillés
JE CHOISIS LE SILENCE ! Tel sera mon chemin…

Et si tous les humains se taisent…
Que sera notre demain ?

© Joëlle W. décembre 2015

BONNE ANNÉE !

Sa chambre à elle…

« Le calme. Le gris[1] ». La chambre, immense. Des murs unis, anciens. Ici, le rectiligne est bannit. Quatre murs, deux fenêtres, une porte, close, la porte. Là, un grand lit de bois peint en gris sombre, tranchant. Placé là, de telle sorte qu’une fois les lourds volets de bois bleu lavande ouverts, elle puisse embrasser d’un coup tout le jardin.

Pour le plaisir des yeux à son réveil, elle a disposé à gauche de la fenêtre, quelques-uns de ses bonheurs préférés… Rien qui ne puisse blessé le regard… Guéridon précieux d’un peu d’intimité. Des rondeurs dans cet empilement de galets ambrés, plats et polis. Quatre. Le plus grand dessous est très clair, se détachant parfaitement sur la nappe juponnée fuchsia.

La lampe les rosesUn jeune enfant de porcelaine émaillée blanche, assis sur un banc esquisse un geste vers elle quand elle le regarde. Une bougie, ronde, rose pâle dans le photophore sur lequel s’appuie l’enfant, dresse sa mèche dans l’attente de la flamme réconfortante.

Ses yeux glissent encore doucement dans ce rite journalier vers le pot blanc au brillant irrégulier âgé, à l’anse généreuse, accueillant chaque semaine une douzaine de roses fraiches, boutons à peine éclos. Le parfum discret, subtil n’entête pas. La fraicheur des roses est aussi dans les tons doux de leurs robes. Le blanc crème domine. Parfois et différemment pour chacun d’elles, un ourlet irrégulier d’un rose soutenu, dans la tonalité de la nappe, rehausse leur pâleur… Encore. Une nuance délicate vert pâle donne aux pétales cette transparence particulière de la porcelaine fine de chine.

ENFANT DANS LE CADREEnfin, elle caresse des yeux le portrait, dans un cadre vieilli, de bois, écorché par la vie…


[1] Robert Pinguet – Passacaille