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Que savoir du manque de l’autre, des espoirs du possible qui ne se réalisera jamais ? Tombe muette. Colère du départ imprévu. Effondrement intérieur, un repli de soi-même sur soi-même…. Joëlle W. – 4 avril 2025

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Que savoir du manque de l’autre, des espoirs du possible qui ne se réalisera jamais ? Tombe muette. Colère du départ imprévu. Effondrement intérieur, un repli de soi-même sur soi-même…. Joëlle W. – 4 avril 2025
Il était temps ! Un livre écouté d’une traite… oui écouté avec la voix inoubliable de Jacques Bonnaffé : « Un de Baumugnes » de Jean Giono…

L’homme nous raconte le début du vingtième siècle dans la campagne provençale. Le narrateur nous prend par le cœur, et nous raconte une histoire d’amour qui n’est pas la sienne, mais elle ne concerne pas seulement les personnages, elle raconte les paysages, les éléments, les odeurs, les bruits… elle raconte autrefois, les manières de la campagne en Provence, la honte, l’amitié, la fierté du travail accompli, la simplicité des relations, de la vie, et ce parlé… Merci Monsieur Bonnaffé pour votre transmission orale, votre voix qui rends ce récit si vivant, comme si on vous écoutait pour de vrai là-bas, à cette époque…
Je regrette votre « disparition » de France Culture Monsieur, où vous animiez « Jacques Bonnaffé lit la poésie », une émission quotidienne pendant quatre ans jusqu’en 2019. On peut encore vous écouter en podcast https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/jacques-bonnaffe-lit-la-poesie
Pour en revenir au livre, il a été publié pour la première fois en 1929. Il y a 95 ans. Deuxième volume d’une trilogie appelée Trilogie de Pan.
Joëlle W. 13 décembre 2024
Quelle histoire se cache derrière votre surnom ?
C’est sa voix, c’est lui qui m’appelait Jojo. Écho de la petite enfance, les souvenirs sont parfois dans des photos en noir et blanc, les souvenirs sont aussi en moi, quelque part dans des tiroirs qui s’entrouvrent parfois. Restent le plus prégnant, les voix. Jojo. En le pensant, en l’écrivant, c’est la voix de mon père que j’entends. C’est sa voix. Et puis, je ne l’ai plus entendue.
Aujourd’hui, ma soeur l’effleure parfois, et l’un de mes neveux…

Joëlle W. 25 juillet 2024
Des photos plus que des paroles pour en parler 😉.










Faites le compte !
A bientôt.

C’est dans le carnet à dessins de mon grand-père qu’était rangé ce document. Un carnet format 18X26, avec une couverture défraîchie, entoilée, épaisse, entre gris et beige sale. Les feuilles qui le compose étaient assemblées en cahiers cousus, et de trois teintes différentes. D’abord, des feuilles d’un blanc jauni par le temps. Puis les feuilles suivantes sont d’un beige soutenu sur une face et bleu pale sur l’autre face. Et les dernières sont d’un gris bleuté parsemé de petits filaments plus sombres, et l’autre face, est bleu-vert… Des deux rubans qu’il possédait pour être refermé, il n’en reste qu’un en tissu épais couleur de rien, comme la toile de couverture. Le carnet est désarticulé pour avoir été beaucoup manipulé sans doute, de Paris au Havre, et du Havre à Paris, et ayant suivi notre mère dans sa longue vie de 94 ans. Une partie de notre héritage pour ma soeur et moi.


Le « tableau » n’est pas de mon grand-père, Georges Drouet. Il se trouve perdu dans le carnet, comme d’autres d’ailleurs… Il est signé, en bas à droite, à peine lisible. Mais au dos, quelques indices…


Reproduction ? Original ?
En-dessous, un nom (illisible pour moi ) et un prénom, Constant, avec indication de son régiment, « soldat au 3ème (le 4 a l’air barré et sur ce conflit, pas de 43ème…) régiment d’infanterie de ligne, 2ème bataillon, 2ème Compagnie » puis « peintre anciennement boulevard Sébastopol 112 ».
Quelqu’un reconnaîtrait-il le style, ou le nom ?
Découverte des bassins…
L’eau. Où est l’eau ? Inextricable enchevêtrement de tiges, de feuilles, de nymphéas fantômes à naître ou naissant. Une étendue vallonnée de verts, prairie de jaunes renoncule au rouge sombre de la variété « Barbara Dobbins ». Entre les feuilles, se disputent l’espace, plantes subaquatiques et herbes terrestres type chiendent, échouées là sans doute, en graine au vent ou stolons coureur.
Les vitres de la serre donnent au ciel une autre apparence.

Prêtes à éclore, il faut encore un peu de chaleur aux fleurs. Les nénuphars « Lily Pons » sont de gros boutons aux pétales apparus rose lignés de blanc. On entrevoit leur cœur aux étamines jaune soleil. Capter la lumière extérieure pour qu’elle rejaillisse de l’intérieur.
Mousse en tapis voguant proche d’un énorme pied de nymphéa. Dessus, pattes et ventre dans l’eau, comme suspendue, une grenouille verte tâchée de brun. Elle attend. Elle m’ignore. Elle chasse ? Elle pond ? Elle pense ? Elle se laisse bercer sur son tapis où ne repose qu’un doigt, est tapie elle-même, au gré des vagues de brise, l’éloignant doucement du pied monstrueux et tentaculaire, sans fleur encore. Elle ne bouge pas. Plop ! Elle a sauté.
Sensations éléments…
Le vent mauvais accompagne la pluie. Violence de l’air contre rideaux d’eau. Perles sur les feuilles perméables des nymphéas. De loin en loin, le coassement incongru capture un instant d’attention. Rit-elle sur sa feuille orbiculaire ?
Cygnes voguant en famille. Le battement des ailes annonce la fin de la toilette. La chasse commence en barbotage, le bec qui plonge, avide, suivi de la tête ; le cou suit. Clapotis particuliers, l’eau, en cercles concentriques autour de l’oiseau, témoignent de la voracité sous-marine. Les clapots sont assagis. La pluie a cessé, reste cascade volubile et inépuisable, qui raconte son histoire, pour peu qu’on veuille bien l’écouter. La rumeur est là aussi, au-dessus du bas-vent. C’est le vent de là-haut, aux cimes des arbres feuillus, dans les hauts résineux, dans les arches du clocher.
Son de cloche accrochée, suspendue, son qui tombe au fond de l’eau. Plat.

Le vent ne peut se poser sur mon visage, aussi, il me fouette en s’insinuant dans mes cheveux qui se plaquent sur mes joues, m’aveuglant puis volent et se plaquent de nouveau sur ma peau. Cheveux vol-au-vent… La pluie passagère s’enfuit, le vilain vent aussi. Apparaît Zéphyr, doux et chaud, caressant, il glisse laissant l’empreinte de baisers invisibles, celle des voix mystérieuses de la nature qui prennent le dessus sur celles des hommes…
J’ai vu le bassin de pierre, bien rond, entendu les O muets des carpes Koï qui naviguent en banc serré accompagnant mes pas, semblant me demander qui j’étais… J’ai emprunté le sentier en rive du lac, d’où déborde une végétation luxuriante de zone humide, d’où aussi s’échappent coassements de batraciens et bourdonnements de butineuses… J’ai fui la gloriette de bois où je frissonnais des claques de vent jamais arrêtées par les sages bambous. Eux, ils s’arrangeaient bien de ce déluge d’air brutal qui les faisaient s’entrechoquer, rencontre terrestre avec leurs voisins, eux qui ne se fréquentaient qu’à travers leur lacis de racines emmêlées…

Et puis, ultime refuge ( interdit hors autorisation sans doute), le deux-pièces musée où le temps s’est estompé dans l’obscurité. Juste une fenêtre de soleil éclairant un large bureau de bois sombre qui laissait voir au visiteur, de vieux papiers, témoins du commerce de Monsieur Latour-Marliac avec des gens de la bonne société de la fin du 19ème siècle amateurs de nymphéas. Deux vitrines l’une pour des papiers et diplômes divers ; l’autre, d’objets ayant vécus en d’autres temps. Pêle-mêle de verrous, plaques, loupes, papiers et notes, bocaux, jumelles, boites en métal, tant d’objets hétéroclites que je n’ai pu en faire la liste. Et puis… il flottait l’âme d’un Giverny au peintre fou de nymphéas.
Joëlle W. – 6 juillet 2021
Le Temple-sur-Lot, le domaine Latour-Marliac.