Dans le silence…

J’écris. Silence total dans la vieille maison. Vidal paresse sous la canicule. Follette et Galipette, allongées sur le flanc, occupent le sofa dans l’ombre tamisée du salon. Les fenêtres sont closes pour garder la fraîcheur. Les volets, eux, sont presque fermés laissant passer le filet de lumière indispensable à cette pénombre bienfaisante. J’adore le silence, ce silence. Mais ce jour-là, quelque chose cloche. Les chattes s’en sont aperçues elles aussi. La vieille dresse les oreilles mais reste impassible. Mais la jeune, Galipette se redresse, et me regarde. Ses yeux m’interrogent. Elle lève la tête vers le plafond. A cet instant, le soleil choisit de se cacher derrière l’unique nuage de la journée… une ombre intense envahit la maison. Au-dessus de ma tête, là où les yeux inquiets de Galipette restent fixés, on frotte, caresses rugueuses sur les planches des combles. Imperceptiblement le frottement progresse, se déplace. Galipette
s’aplatit, oreilles couchées, elle gronde en continu… Je ne bouge plus.Mon cœur bat dans ma gorge. C’est quoi… Il y a quelques années, avant que la toiture soit refaite, j’entendais les cabrioles des lérots, la nuit. Là, ça n’a rien à voir ! Plus de frottement. Les grattements deviennent insistants et je regrette la radio à tue-tête, les fenêtres ouvertes et l’air chaud de l’été. Je n’entends plus Galipette et les deux minettes sont sous la table…
Le claquement d’un volet nous surprend toutes les trois. Le soleil entre à plein dans le salon. À nouveau le silence…

Écrit le 1er septembre 2023

Publié le 20 mai 2024 en attendant le beau temps ! Il pleut tous les jours depuis des semaines…

Les façades qui murmurent aux passants…

Elles sont là les façades à me regarder passer… Et moi, indiscrète, je l’enferme dans ma boite à images pour mieux la regarder, chez moi. Avant de partir, je caresse le bois, je cherche des yeux comme un espoir, une ouverture vers son intérieur, je lui murmure aussi un remerciement…

Enfin, le rapprochement se fait dans le silence de la nuit, enfin il n’y a plus qu’elle et moi, elle sur l’écran dernier cri de mon ordinateur et moi, humaine avide de mémoires… La faire revivre et la décrypter dans son aspect désuet, dans son charme d’autrefois… Bois peints défraîchis, usés, rongés, volets fatigués, incapables aujourd’hui de s’ouvrir au monde avec cette nostalgie d’un passé à jamais perdu…BERGERAC Boutique chaussures orthopediques NB pou web BERGERAC Boutique chaussures orthopédiques

Est-ce tes pans de bois, tes briquettes bien rangés ou tes croisées irrégulières qui m’émeuvent le plus ? Maison charmante, tu retiens toi aussi bien des histoires passées… des bruits de sabots sur les pavés de la ville… d’éternelles rumeurs que seule la ville propage… les cris des enfants qui jouent le long de ton mur, ceux des femmes qui rouspètent… des chiens qui aboient au coin des rues… enfin les crieurs proposant tour a tour, des petits pâtés salés tout chauds ou l’affûtage des lames de couteaux…

Le marché à sa place aussi devant toi, laissant les senteurs épicées, l’été, envahirent l’air chaud et pénétrer par les portes et les fenêtres grandes ouvertes…

J’emprisonne aussi ton image pour te dévisager plus tard… Je vois bien que ta façade triste d’hiver attend, tout comme moi, la belle saison, comme chaque année…

BERGERAC COLOMBAGES pour web BERGERAC – façade à pans de bois…

 Belle journée !

 

Confusion… Le temps qui passe est passé, passera…( suite)

…/…

Il continuait à se retenir au bord du lit, crispant sa main sur le drap tiède, paupières entrouvertes et aussitôt refermées. Un mur… Un mur blanc… Blanc… L’autre main, détendue remontait vers l’oreiller près de lui ; il respirait un invisible parfum, tendant sa joue pour recevoir un baiser. Sa mère ? Sa femme ? Un doux sourire apparu sur ses lèvres. Les années de bonheur il les avait rêvées, il les avait vécues, doux instants où femme et enfant habitaient sa vie, sa chambre… Le lit à rouleaux, celui-là même qui l’hébergeait encore, exhalait la cire d’abeille quand la chaleur d’été, envahissait la chambre blanche.

Les feuilles de thé , 1909, William McGregor Paxton (américain 1869-1941), huile sur toile
Les feuilles de thé , 1909, William McGregor Paxton (américain 1869-1941), huile sur toile (1)

Blanche… Blanche…La lumière crue de l’été… Ce dernier été où tout a basculé… Le sourire persistait mais des larmes chaudes et salées se dispersaient sur ses joues, glissaient entre ses lèvres. Il se retourna, cherchant la pâle lumière de l’aube, fuit quelques instants plus tôt. Elle tentait de s’infiltrer autour des rideaux de velours… Les yeux dans le vague… Le rire d’un enfant mêlé à celui d’une femme, dehors. La fenêtre était ouverte et le rideau de plumetis tiré sur le soleil d’été… Les insectes butineurs, ivres des parfums des chèvrefeuilles, grimpants à l’assaut de la maison d’année en année, toujours plus haut, bourdonnaient, disputant l’espace aux oiseaux et leurs chants matinaux. Bientôt ils se cacheraient durant les heures les plus chaudes…Il ressentait cette chaleur qui affleurait près du rideau et tendait son visage, toujours un peu comateux… Il revenait vers la fenêtre où les rires continuaient. Bientôt elle serait là, avec cette robe blanche et légère, lui apportant la tasse de café quotidienne…

La tête lui tournait toujours. Le vent au loin faisait claquer une porte, qui éteignait une flamme sous la casserole de lait… L’explosion, un grand vacarme dans sa tête. Puis tout redevenait calme. La solitude lui allait bien. Sa mère lui donnait ce baiser. Il se calmait, s’apaisait, se délitait dans ce petit matin où l’éveil n’en finissait pas.

– Des roses lui envoyaient un message odorant, rassurant, vivant… (photo personnelle)

 

Il ouvrit grand les yeux et son regard vagabonda sur le plafond où les ombres de la nuit se dissipaient.  Par la fenêtre entre-ouverte, des roses lui envoyaient un message odorant, rassurant, vivant.  Il perçut un peu l’agitation du dehors, le boulanger qui livrait son pain à l’office. Au dedans, Jeanne, la gouvernante, faisait tinter verres et bols… Il se redressa, s’assit dans son lit. Il était temps de reprendre le cours de sa vie… L’écriture de ses mémoires l’absorberait encore toute la journée.

(1) sources : http://www.metmuseum.org/toah/works-of-art/10.64.8

Confusion… Le temps qui passe est passé, passera…

Louise Colet, Poétesse (1810-1876)
Louise Colet, Poétesse (1810-1876)

« L’avenir nous tourmente, le passé nous retient, c’est pour ça que le présent nous échappe. »
Gustave Flaubert (1821 – 1880) – Lettre à Louise Colet

Décidément, je reste dans cet intemporel que j’aime bien, un sujet qui ne se tarit pas…, le passé, le présent, le futur, le temps… Le temps qui passe est passé, passera…

 C’est une histoire où, à l’heure de l’éveil, le temps se régale en nous faisant parfois quelques tours à sa façon, mélangeant les temps, permettant à, notre inconscient, de les conjuguer à sa guise, au risque de perdre la raison… 

Confusion. Trouble. Ses yeux restaient fermés. Il lui était impossible de savoir si son corps s’éveillait avant son esprit. Il s’étirait dans son noir intérieur. Il s’étirait aussi de tout son corps comme un félin après la sieste…

rose et pendule clair-obscur Sa main, libérée de l’entortillement des draps, cherchait le bord du lit… tâtonnait l’oreiller voisin, cherchant l’autre…

Les derniers événements, une lettre égarée reçue cinquante ans trop tard, l’avait bouleversé. Elle avait ébranlé son équilibre tranquille. Lettre pour sa mère, décédée trente ans plus tôt dans cette maison, la sienne. Sa journée d’hier défilait derrière ses paupières closes. Mémoire saturée, mémoire blessée, égratignée… Il s’accrochait à ce bord de lit, plissant fermement les yeux, refusant la douce clarté de l’aube, retrouvant sa solitude d’enfant dans le noir de sa chambre… Une vague de souvenirs le submergeait, de ces souvenirs rappelés par les blessures profondes du cœur, ces souvenirs de vie, d’amour, de peine, de joie, rassemblés dans les chambres de sa vie, lieux uniques où son esprit avait toujours su vagabonder, espace de l’inconscience, des rêves endormis ou éveillés, espaces de tous les possibles, où il était lui, et parfois un autre, où la solitude était parfois partagée, si rarement maintenant qu’il était à l’automne de sa vie !

la fenetre reduiteLe lit tanguait ou c’était peut-être lui qui tanguait dans ce lit trop grand, comme lorsque, enfant, il montait dans sa chambre, en haut de cet escalier vertigineux, dans le noir, à tâtons. La tête lui tournait. Une ampoule de veilleuse diffusait une faible lumière, donnant aux objets des silhouettes effroyables, propices à l’éveil des monstres tapis dans l’ombre. Chaque soir il avait peur… Dans l’escalier, une petite fenêtre haute, trop haute pour qu’il puisse l’atteindre, donnait sur le jardin. Les soirs de pleine lune, les ombres des grands arbres s’agitant, ajoutaient encore à son angoisse. Et la fenêtre, toujours sur la clenche cognait, laissant le vent se glisser sournoisement, siffler ou gémir… Enfin il atteignait son lit glacial, le cœur battant, il s’y glissait, remontant le drap jusqu’au dessus de sa tête pour trouver un peu d’apaisement. Quand les draps froissés retombaient sur lui, le silence lui faisait mal à la tête et le lit tanguait encore et encore, il était au bord de l’évanouissement mais finissait par s’endormir, en sueur. Parfois dans un état de veille, le rayon de lune filtrant par les persiennes lui laissait apercevait la silhouette de sa mère, comme ce matin… Il goûtait au délice d’un baiser trop rare. Il savait maintenant…

A suivre…