Une histoire dont je ne connais pas encore le titre…

Et si nous commencions par le début de l’histoire… Pour retrouver le père Louis…
Il n’est pas le personnage principal, mais je ne vous en dit pas plus…

Bonne lecture !

Première Partie

Eglise de Saint-Etienne de Laval – 10 avril 1784

 –  « Que va–t-il donc se passer ? Les saisons ne reviendront-elles jamais comme avant ? Ce froid va-t-il décimer longtemps encore mes «enfants» ? Oh ! Dieu ! Toi qui es mon berger, guide-moi pour les rassurer ces enfants que tu m’as confiés ! »

Les lamentations du Père Louis atteignent la voute de l’église dans laquelle personne ne vient plus depuis des semaines.

IMG_4415 en NB DETAIL EGLISEL’homme, un solide gaillard de deux mètres, bien bâti, est habitué aux tâches rudes par tous temps, travaux des champs ou défrichages. Il n’a pas l’air de ce qu’il est, un simple curé de campagne. Une chevelure bouclée encadre un visage ouvert. Sa peau est brune, tannée. Ce qui attire, c’est son regard bienveillant. D’un échange muet nait invariablement de la sympathie. Rien à faire pour échapper au rayonnement vert des yeux de chat qui percent l’âme. Il captive et force le respect, même pour les plus obstinés de ces paroissiens.

De sa bouche charnue et légèrement bleuie par le froid, s’échappent des volutes tièdes et légères qui, tour à tour, apparaissent et s’évanouissent. L’écho des bruits de l’homme solitaire, semble se figer dans la pénombre puis, revient résonner tout bas mais longtemps dans les oreilles du curé.

Sa messe dite en vitesse, le père Louis a hâte de retrouver le confort modeste de son presbytère. Il déplore que ces lieux de prière soient si inhospitaliers. Pourtant, l’été, quand les rayons du soleil sont au zénith, qu’ils brulent la peau et torturent les paysans aux champs, quand l’envie de fraicheur devient vitale, ils savent venir s’y ressourcer, même s’ils ne prient pas tous, ils viennent…

Pour l’instant, le Père Louis étouffe les deux cierges des grands candélabres de cuivre patiné par le temps. Il replace les chandeliers de chaque côté du tabernacle, chandeliers qu’il a l’habitude d’allumer avant chaque messe du matin, les rapprochant pour pouvoir lire plus confortablement avec toute la ferveur de sa foi, les textes saints. Tout à ses affaires, il songe au breuvage réconfortant qui doit l’attendre.

La vieille Marie, sa servante depuis toujours, insiste chaque matin pour lui préparer un semblant de soupe pour son retour de messe. Mais le potage tiédit vite au contact du grand bol froid. Certains jours, au début de l’hiver, elle ajoutait une pomme sèche, mais il n’y a plus guère dans la réserve. Hier, la soupe, bien trop liquide à son goût. Peut-être qu’aujourd’hui, elle aura enrichi le bouillon -qui avait été gras-, de feuilles d’orties séchées cet été. Une riche idée de les avoir conservées pendues par les tiges en bouquet dans la soupente aux réserves ! Le dernier bouquet toutefois. Et il s’émiettait… Pour l’épaissir un peu, elle y aura cassé un œuf. Une chance, quand l’une des six poules restantes réussissait à pondre. Il se félicitait d’avoir mis les poules en sureté. Pour les protéger et limiter leurs escapades, il avait aménagé un carré avec perchoir et pondoir dans la réserve de paille et de foin, réserve qui malheureusement, elle aussi, s’amenuisait.

 

Le 10 avril 1784, sur le coteau, près du village tranquille…

Un article jamais envoyé.La Dame de Ladignac est parfois bien timide…
Il est tiré d’un « roman » inachevé bien sûr… Et depuis ma participation aux ateliers d’écriture de la Maison de Lustrac (hameau de la commune de Trentels-Ladignac), je me suis rendu compte qu’il y a de la réécriture à faire.

Mais pour l’instant, faites connaissances avec quelques-uns des personnages… Si vous le voulez bien !
A vous lire un de ces jours…
Amicalement,

LA GRANGE DE VIDALC’est en revenant vers la maison, après avoir nourri les bêtes de quelques poignées de foin, que Catherine l’aperçoit. Le père Louis, venant de Ladignac est arrêté là, à l’entrée de la cour devant la ferme. Elle n’en revient pas de le voir là, comme s’il l’attendait… Sur son flanc, une grosse bosse.

– « Ben M’sieur l’curé, ce n’est pas l’temps pour rester déhors !…Qu’est-ce qui vous amène si tôt ?  …Entrez… Mais entrez donc vous mettre au chaud !»

Le père Louis ne se fait pas prier. Jean qui guette le retour de Catherine, ouvre la porte. Les petits curieux sont encore sous la couette familiale dans le lit à rideaux. Ils dorment et c’est bien ainsi. Après les salutations d’usage, le couple propose de partager la soupe. Mais Louis qui accepte bien volontiers, décide d’aller droit au but. Avant tout parler de son jeune fardeau.

Louis libère son épaule du panier qu’il pose sur la table et attrape la petite Jeanne qui se réveille, pas du tout contente, et pousse des cris de désapprobation. Catherine et Jean sont surpris, mais se penchent sur la petite, tous deux attentifs aux pleurs.

–       « C’est une petite tombée du nid, abandonnée !  Et rien dans ses linges, aucune petite chose qui m’permette de savoir ses père ou mère pour l’instant… dit Louis. Et comme tu vois, je suis bien en peine de faire quelqu’chose pour elle. La pauvrette doit être bien affamée…  J’l’ai nommé Jeanne. Le baptême c’est pour dimanche à la grand’messe, reste juste à lui trouver parrain et marraine ! »

givre dans la campagne reductionCatherine, spontanément lui donne la réponse attendue. Il ne s’est pas trompé le père Louis, c’est la bonne mère adoptive pour sa petite protégée.

            – « Mais qui va lui donner le sein à cette petiote ?» s’empresse de dire Catherine qui n’en peut plus d’entendre Jeanne qui pleure de faim maintenant. Elle prend la petite dans ses bras et de la tête, invite les deux hommes à se mettre à table, et spontanément défait les liens de son lainage et ouvre sa chemise. La petite bouche ne cherche pas longtemps la poitrine généreuse de Catherine. Elle la guide à peine… S’ensuit un bruit régulier de succion qui rassure l’assemblée.

–             « Mon père, on garde la p’tite. Le Jean et moi, on la prend… si vous voulez bien ? ».

 

 

 

Des mots aux photos…

Une nouvelle acquisition…

Un livre… Bashō, Seigneur ermite, l’intégrale des Haïkus, édition bilingue….

Voilà un magnifique support pour apprécier la vie, admirer le « travail » de ce grand maître. S’il est vrai qu’il est l’auteur de plus de deux mille haïkus, ce livre me permet d’en découvrir plus de neuf cent cinquante… Alors j’en sèmerai quelques-uns pour avoir le bonheur de les illustrer…

Bonne réflexion !

Mes yeux étincellent
d’avoir tant désiré la floraison –
Cerisiers pleureurs

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Toutes ces fleurs écloses
dans le vent printanier
éclats de rire

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En 1680,  Bashō a 37 ans…

Ah ! le printemps, le printemps,
que je printemps est grand
et ainsi de suite

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Les façades qui murmurent aux passants…

Elles sont là les façades à me regarder passer… Et moi, indiscrète, je l’enferme dans ma boite à images pour mieux la regarder, chez moi. Avant de partir, je caresse le bois, je cherche des yeux comme un espoir, une ouverture vers son intérieur, je lui murmure aussi un remerciement…

Enfin, le rapprochement se fait dans le silence de la nuit, enfin il n’y a plus qu’elle et moi, elle sur l’écran dernier cri de mon ordinateur et moi, humaine avide de mémoires… La faire revivre et la décrypter dans son aspect désuet, dans son charme d’autrefois… Bois peints défraîchis, usés, rongés, volets fatigués, incapables aujourd’hui de s’ouvrir au monde avec cette nostalgie d’un passé à jamais perdu…BERGERAC Boutique chaussures orthopediques NB pou web BERGERAC Boutique chaussures orthopédiques

Est-ce tes pans de bois, tes briquettes bien rangés ou tes croisées irrégulières qui m’émeuvent le plus ? Maison charmante, tu retiens toi aussi bien des histoires passées… des bruits de sabots sur les pavés de la ville… d’éternelles rumeurs que seule la ville propage… les cris des enfants qui jouent le long de ton mur, ceux des femmes qui rouspètent… des chiens qui aboient au coin des rues… enfin les crieurs proposant tour a tour, des petits pâtés salés tout chauds ou l’affûtage des lames de couteaux…

Le marché à sa place aussi devant toi, laissant les senteurs épicées, l’été, envahirent l’air chaud et pénétrer par les portes et les fenêtres grandes ouvertes…

J’emprisonne aussi ton image pour te dévisager plus tard… Je vois bien que ta façade triste d’hiver attend, tout comme moi, la belle saison, comme chaque année…

BERGERAC COLOMBAGES pour web BERGERAC – façade à pans de bois…

 Belle journée !

 

Sa chambre à elle…

« Le calme. Le gris[1] ». La chambre, immense. Des murs unis, anciens. Ici, le rectiligne est bannit. Quatre murs, deux fenêtres, une porte, close, la porte. Là, un grand lit de bois peint en gris sombre, tranchant. Placé là, de telle sorte qu’une fois les lourds volets de bois bleu lavande ouverts, elle puisse embrasser d’un coup tout le jardin.

Pour le plaisir des yeux à son réveil, elle a disposé à gauche de la fenêtre, quelques-uns de ses bonheurs préférés… Rien qui ne puisse blessé le regard… Guéridon précieux d’un peu d’intimité. Des rondeurs dans cet empilement de galets ambrés, plats et polis. Quatre. Le plus grand dessous est très clair, se détachant parfaitement sur la nappe juponnée fuchsia.

La lampe les rosesUn jeune enfant de porcelaine émaillée blanche, assis sur un banc esquisse un geste vers elle quand elle le regarde. Une bougie, ronde, rose pâle dans le photophore sur lequel s’appuie l’enfant, dresse sa mèche dans l’attente de la flamme réconfortante.

Ses yeux glissent encore doucement dans ce rite journalier vers le pot blanc au brillant irrégulier âgé, à l’anse généreuse, accueillant chaque semaine une douzaine de roses fraiches, boutons à peine éclos. Le parfum discret, subtil n’entête pas. La fraicheur des roses est aussi dans les tons doux de leurs robes. Le blanc crème domine. Parfois et différemment pour chacun d’elles, un ourlet irrégulier d’un rose soutenu, dans la tonalité de la nappe, rehausse leur pâleur… Encore. Une nuance délicate vert pâle donne aux pétales cette transparence particulière de la porcelaine fine de chine.

ENFANT DANS LE CADREEnfin, elle caresse des yeux le portrait, dans un cadre vieilli, de bois, écorché par la vie…


[1] Robert Pinguet – Passacaille

Confusion… Le temps qui passe est passé, passera…( suite)

…/…

Il continuait à se retenir au bord du lit, crispant sa main sur le drap tiède, paupières entrouvertes et aussitôt refermées. Un mur… Un mur blanc… Blanc… L’autre main, détendue remontait vers l’oreiller près de lui ; il respirait un invisible parfum, tendant sa joue pour recevoir un baiser. Sa mère ? Sa femme ? Un doux sourire apparu sur ses lèvres. Les années de bonheur il les avait rêvées, il les avait vécues, doux instants où femme et enfant habitaient sa vie, sa chambre… Le lit à rouleaux, celui-là même qui l’hébergeait encore, exhalait la cire d’abeille quand la chaleur d’été, envahissait la chambre blanche.

Les feuilles de thé , 1909, William McGregor Paxton (américain 1869-1941), huile sur toile
Les feuilles de thé , 1909, William McGregor Paxton (américain 1869-1941), huile sur toile (1)

Blanche… Blanche…La lumière crue de l’été… Ce dernier été où tout a basculé… Le sourire persistait mais des larmes chaudes et salées se dispersaient sur ses joues, glissaient entre ses lèvres. Il se retourna, cherchant la pâle lumière de l’aube, fuit quelques instants plus tôt. Elle tentait de s’infiltrer autour des rideaux de velours… Les yeux dans le vague… Le rire d’un enfant mêlé à celui d’une femme, dehors. La fenêtre était ouverte et le rideau de plumetis tiré sur le soleil d’été… Les insectes butineurs, ivres des parfums des chèvrefeuilles, grimpants à l’assaut de la maison d’année en année, toujours plus haut, bourdonnaient, disputant l’espace aux oiseaux et leurs chants matinaux. Bientôt ils se cacheraient durant les heures les plus chaudes…Il ressentait cette chaleur qui affleurait près du rideau et tendait son visage, toujours un peu comateux… Il revenait vers la fenêtre où les rires continuaient. Bientôt elle serait là, avec cette robe blanche et légère, lui apportant la tasse de café quotidienne…

La tête lui tournait toujours. Le vent au loin faisait claquer une porte, qui éteignait une flamme sous la casserole de lait… L’explosion, un grand vacarme dans sa tête. Puis tout redevenait calme. La solitude lui allait bien. Sa mère lui donnait ce baiser. Il se calmait, s’apaisait, se délitait dans ce petit matin où l’éveil n’en finissait pas.

– Des roses lui envoyaient un message odorant, rassurant, vivant… (photo personnelle)

 

Il ouvrit grand les yeux et son regard vagabonda sur le plafond où les ombres de la nuit se dissipaient.  Par la fenêtre entre-ouverte, des roses lui envoyaient un message odorant, rassurant, vivant.  Il perçut un peu l’agitation du dehors, le boulanger qui livrait son pain à l’office. Au dedans, Jeanne, la gouvernante, faisait tinter verres et bols… Il se redressa, s’assit dans son lit. Il était temps de reprendre le cours de sa vie… L’écriture de ses mémoires l’absorberait encore toute la journée.

(1) sources : http://www.metmuseum.org/toah/works-of-art/10.64.8