Le premier jour… au couvent de Vaylats, on écrit. Et puis, on fait des rencontres…
La charrette et le chat arrêté.
La nuit, le chat l’adore dans ses brises complices, dans ses odeurs animales, dans ses jeux d’ombres et de lumières au gré des écheveaux de brume ou des nuages entre lui et la lune…
Fenêtre ouverte, symphonie matinale des oiseaux. Le ciel est blanc, et les bancs n’attendent plus de visiteurs.
Le banc moussu et les iris en devenir.Le banc des minuscules… l’autre monde !
Côté jardin, la colline, son bois et plus bas, les pruniers…
De ma fenêtre, je caracole au gré de mes envies, de mon humeur et du temps qu’il fait, le plus souvent au petit matin, aux premières lueurs du matin.
Les matins ne se ressemblent jamais. Couleurs, saisons, plein soleil, brumes.
Les brumes qui collent à la maison effacent les arbres, les champs, les couleurs même…
Côté cour, lever de soleil…
Ce matin, les nappes de brumes glissent sur les sillons attendant les semailles de printemps.
Les plaies ouvertes avalent goulûment les gouttelettes légères, un peuplier d’Italie émerge par moment de la nappe éphémère, dressant ses branches nues vers un ciel noyé.
Au-delà, je devine les collines jouant du brouillard en nuances de gris-bleu. Reste là, si près, la brumaille à portée de main. Ouvrir la fenêtre, tout doucement, deviner les premiers piaillements, caresser la chatte qui saute sur le rebord et fixer l’instant avec mes mots.
Marre de rester confinée dans la maison à cause des tonnes d’eau qui tombent du ciel… Et voilà que la mairie annonce (via mon application illiwap) le passage en vigilance JAUNE du tronçon Lot-aval… Ma maison ne risque rien pour l’instant. Je suis, m’a dit Siri (mon monsieur téléphone), à 112 m au dessus de la mer. Alors j’ai sollicité Alexa ( m’a copine dans mon Écho Dot) pour connaître la météo du jour…
Comme je suis forcée-contrainte de porter mes « emballages recyclables » dans les conteneurs prévus à cet effet sur le territoire de ma commune, je fais d’une pierre deux coups et hop, j’embarque dans mon Picasso pour trouver après la contrainte un nouveau lieu d’exploration.
Je roule au hasard comme bien souvent et me retrouve sur la route du château de Laval – mon subconscient sans doute – toujours déterminée à redécouvrir cette sacrée petite église « oubliée » de Sainte Étienne de Laval…
Comme d’habitude, pas pris mes bottes… la terre est détrempée… c’est comme ça !
Et puis, le silence, la pluie fine et intermittente, un chien qui aboie quelque part. Mon terrain d’exploration, bois morts en pagaille organisée pour ralentir ma progression, pierres taillées éparpillées nues ou habillées de mousses, où mes pieds incertains peuvent vaciller, ronces heureuses de pouvoir griffer ma peau, me tirer les cheveux, et… la tâche rouge, inaccessible…
Voilà ma découverte du jour, j’ai fini par la rejoindre. Découvrir cette petite chose, saisir le bout de bois sur lequel elle est née, a grandi et puis juste la capturer avec nom appareil photo.
Rentrée, échevelée, crottée, mouillée mais heureuse ! La vie est belle encore !
Sur la route…Et toujours sur la route…Dîner chez nos hôtes…Jolie formule…Soleil ou lune ?Vingt minutes plus tard…Jour J, mise en place…Table d’honneur…Entre temps…
Oh ! Ne pas vous tromper, Cette vue embrumée Est celle d’un matin… Et chez moi n’est pas loin.
Pour cette fin de semaine, Là où les brumes traînent Je vous offre ces vers Avant que vienne l’hiver.
Un poème pour rêver, Imaginer, traîner, Dans un autre univers, Celui d’Apollinaire…
À Mademoiselle Yvonne M…
Yvonne sérieuse au visage pâlot A pris du papier blanc et des couleurs à l’eau Puis rempli ses godets d’eau claire à la cuisine. Yvonnette aujourd’hui veut peindre. Elle imagine De quoi serait capable un peintre de sept ans. Ferait-elle un portrait ? Il faudrait trop de temps Et puis la ressemblance est un point difficile À saisir, il vaut mieux peindre de l’immobile Et parmi l’immobile inclus dans sa raison Yvonnette a fait choix d’une belle maison
Yvonnette a fait le choix d’une belle maison…
Et la peint toute une heure en enfant douce et sage. Derrière la maison s’étend un paysage Paisible comme un front pensif d’enfant heureux, Un paysage vert avec des monts ocreux. Or plus haut que le toit d’un rouge de blessure Monte un ciel de cinabre où nul jour ne s’azure. Quand j’étais tout petit aux cheveux longs rêvant, Quand je stellais le ciel de mes ballons d’enfant, Je peignais comme toi, ma mignonne Yvonnette, Des paysages verts avec la maisonnette, Mais au lieu d’un ciel triste et jamais azuré J’ai peint toujours le ciel très bleu comme le vrai.
« … Je suis persuadée que je le savais déjà alors. Je le savais comme… Lorsque l’on aperçoit une certaine maison dans un certain paysage et que l’on se dit : oui, elle est pour moi, et c’est là que je veux vivre. »
Anita Sibrone (née en 1947) Ecrivain américain
Rien trouvé sur cette dame… Mais j’ai aimé cette phrase qui dit bien ce que j’ai ressenti lorsque j’ai découvert ma maison…
Cette « vieille dame » comme j’aime à l’appeler. Elle vit depuis 215 ans. Une jolie découverte il y a quelques années, au dessus de sa porte après avoir nettoyé le crépis… J’ai imaginé cet homme, fier de son ouvrage de bâtisseur, tailler, un peu maladroitement la date, 1797. La Révolution, la grande Révolution avait eu lieu seulement 8 ans auparavant…Il taille aussi une croix au dessus de la date. La croix protectrice, celle du Christ, celle de la religion catholique qui rythmait la vie d’alors. Un grand chemin non loin, à quelques enjambées, passe là, allant de Libos à Penne d’Agenais. Tout autour de la maison bois et taillis. Il faut défricher, percer un puits, planter et espérer une bonne récolte…
Au levant, la plaine, le Lot. Au couchant, la colline boisée et giboyeuse. Voilà. Il s’installe avec femme et enfants. Une nouvelle vie d’homme libre !
Je reviendrais vous murmurer la suite… Belle journée malgré la pluie !