La géographie des rêves…

Les mots comme des iles avec dessus des souvenirs éparpillés, empilés, enfouis. On tombe dessus, là, entre deux lignes au feutre bleu, sur la terre d’ici ou d’ailleurs, dans un champ, sur une plage, le long d’une rivière. Jamais sur l’eau, jamais dans l’eau. Si bien sûr…

Et je vole au-dessus des mots « ile, presqu’ile, rivière, forêt » me souvenant de l’impression de plénitude ressentie dans un rêve où je volais, survolant un village enfermé dans ses murs et d’où je m’évadais non sans avoir plané longtemps au dessus d’une foule de curieux…

La géographie du rêves
Ma carte de base pour la mémoire et l’écriture

Atelier d’écriture avec Maryse Vaugargny

Dans le ciel il n’y a pas de frontière, pas de pont ni de barrière. Rien n’y pousse que les nuages. Tout ce qui vole est libre. Ha ! M’enfuir au-delà…

Dans mon pré, Melitaea cinxia, ou Mélitée du plantain, ou Déesse à ceinturon, ou Damier pointillé, etc…

Au delà c’est aussi planer et atterrir dans le monde des minuscules. Savoir regarder, deviner, apprécier ce monde merveilleux qui fait vivre notre planète, le dessus, le dessous, l’endroit et l’envers, écouter la nature qui nous parle, la goutte d’eau qui éclate sur la feuille de dessous, et la feuille qui se frotte sur l’écorce de l’arbre, et sous l’écorce, deviner la douceur de la sève qui circule, et… et reposer sur un tapis de mousse accueillante. Les mousses, un monde fascinant, colonisatrices de toutes les terres, des plus humides aux plus sèches et même les plus acides, les mousses pionnières donnant un terreau fertile pour qui veut s’enraciner.

Le lac dans l’arbre mort colonisé par les mousses, une seconde vie. Balade sur un sentier du plateau Saint-Michel à Penne d’Agenais.

Rêver les yeux grands ouverts, un projet, une gageure !

Quand tu flânes, tu regardes et tu aimes…

Juste deux photos, pour partager un brin de bonheur en photos inspirantes, de paix, d’invite à rêver, et capturer ces lieux mis en scène que nous offrent un propriétaire, osant la porte entrouverte à la vue des passants, partageant ainsi leur amour des choses simples…

Chez la vieille dame ma maison, la vieille chambre…

Dialogue avec la vieille dame…

En juin, l’an passé, je te demandais 
Si tu étais contente de tes nouvelles baies…

L'abat-jour fuschia, couleur en attente
L’abat-jour fuschia, couleur en attente

« Alors, ma vieille amie, que dis-tu ?
De ces nouvelles baies, qu’en penses-tu ?
Je te laisse, envers et contre tout,
Tes volets de bois peints en bleu doux. »

Aujourd’hui, tu l’as vu et ressenti aussi,
J’aborde le dedans qui lui aussi a vieilli…

Alors hommage à Francine, qui chez moi est venue
Avec outils et pinceaux, rajeunir et mettre à nu
Les murs de la chambre ou dans mon lit j’aime à rêver
Et sur le sofa prendre un livre et très loin m’absenter…

Je soupçonne ma cadette, de savoir parler aux murs…
– Vous souriez ? … Mais, au sens propre, bien sûr !

Car soigneuse, minutieuse et caressante
Elle sait s’y prendre et je deviens obéissante.
Et alors, trop heureuse de te voir rajeunir
Je gratte et ponce et peins avec sourire.

J’ai donc choisi pour toi, un joli camaïeu
Que l’on nomme « fleur de sel ». Très soyeux…
A tes murs que certains avaient souillés
Nous avons restitué la noblesse du passé.

Les meubles désuets, de famille, eux aussi,
Du ton le plus soutenu, ont été embellis.
Reste plus aujourd’hui qu’à animer la gamme
De notes colorées, personnelles et de charme…

Je te livre en vers, lecteur fidèle, un coin d’intimité
Ecris sur la terrasse en buvant mon café…
Et toi, chère vieille Dame qui abrite mes songes…
Je devine ta joie… En fait, point de mensonge :

... Et je deviens faunesse
… Et je deviens faunesse…

Tu lis en moi grâce à mes pensées, mes rêves
Que filtre encore ta robe neuve, sans trêve…
Tu restitues aussi des fragments de ta jeunesse
Qui s’insinuent en moi. …Et je deviens faunesse…

Douce journée dans les brumes naissantes des premiers jours d’automne !

Aquarelliste…

L'église noyée dans la brume
L’église noyée dans la brume

Oh ! Ne pas vous tromper,
Cette vue embrumée
Est celle d’un matin…
Et chez moi n’est pas loin.

Pour cette fin de semaine,
Là où les brumes traînent
Je vous offre ces vers
Avant que vienne l’hiver.

Un poème pour rêver,
Imaginer, traîner,
Dans un autre univers,
Celui d’Apollinaire…

À Mademoiselle Yvonne M…

Yvonne sérieuse au visage pâlot
A pris du papier blanc et des couleurs à l’eau
Puis rempli ses godets d’eau claire à la cuisine.
Yvonnette aujourd’hui veut peindre. Elle imagine
De quoi serait capable un peintre de sept ans.
Ferait-elle un portrait ? Il faudrait trop de temps
Et puis la ressemblance est un point difficile
À saisir, il vaut mieux peindre de l’immobile
Et parmi l’immobile inclus dans sa raison
Yvonnette a fait choix d’une belle maison

Yvonnette a fait le choix d'une belle maison...
Yvonnette a fait le choix d’une belle maison…

Et la peint toute une heure en enfant douce et sage.
Derrière la maison s’étend un paysage
Paisible comme un front pensif d’enfant heureux,
Un paysage vert avec des monts ocreux.
Or plus haut que le toit d’un rouge de blessure
Monte un ciel de cinabre où nul jour ne s’azure.
Quand j’étais tout petit aux cheveux longs rêvant,
Quand je stellais le ciel de mes ballons d’enfant,
Je peignais comme toi, ma mignonne Yvonnette,
Des paysages verts avec la maisonnette,
Mais au lieu d’un ciel triste et jamais azuré
J’ai peint toujours le ciel très bleu comme le vrai.

Guillaume Apollinaire, Alcools